Une crise sans précédent

Une crise sans précédent

La fermeture des écoles, depuis le 18 mars 2020, en raison du COVID-19, a perturbé toutes les formes d’éducation au Bangladesh. Le programme spécial pour les migrants, en particulier pour la population Rohingya, est également affecté. Le gouvernement du Bangladesh a consulté les parties prenantes dans le cadre de l’inclusion de l’éducation dans le plan d’intervention d’urgence, tenant compte des priorités immédiates, à moyen et à long terme.

L’un des plus grands systèmes éducatifs centralisés touchés par la crise

Le Bangladesh a l’un des plus grands systèmes éducatifs centralisés au monde, avec 38,6 millions d’étudiants. Parmi eux, 3,6 millions sont en maternelle, 18 millions dans le primaire, 13 millions dans le secondaire et 4 millions dans l’enseignement supérieur.[1] Selon les statistiques de l’éducation du Bangladesh datant de 2018, il y a 170 000 établissements d’enseignement du primaire au supérieur, avec 1,2 million d’enseignants déployés.[2] En outre, un nombre important d’apprenants sont inscrits dans des établissements d’enseignement religieux (section Ebtedayee de la madrasa et la madrasa Ebtedayee indépendante), des établissements d’enseignement non formel et des centres de développement des compétences.[3]

La réponse immédiate de la société civile à la pandémie du COVID19 a consisté à communiquer avec les enseignants et les apprenants, à favoriser la continuité de l’apprentissage en utilisant la télévision, l’Internet, la radio et le téléphone portable, à élaborer un plan collectif en faisant participer les parties prenantes concernées, notamment le groupe local pour l’éducation (GLPE) et les groupes d’éducation représentés par le gouvernement, les partenaires au développement et la société civile.

En tant que coalition nationale, la CAMPE s’est engagée en termes de réseautage, d’information des parties prenantes, de développement et de collectes de données probantes sur le terrain et d’influence sur les décideurs. Dans le cadre du réseautage avec les organisations et la participation dans le processus dirigé par l’État, la CAMPE a participé au plan du secteur de l’éducation, au GLPE et au pôle éducation, ainsi qu’à d’autres processus dirigés par l’État et les OSC (par exemple, EduHub créé sous l’égide du bureau du Premier ministre par l’équipe d’accès à l’information (A2i)). Elle s’est également engagée dans le processus régional et mondial lancé par les organismes suivants : APRCEM, ASPBAE, CNGO, GAML, CME, PME (y compris l’OSC-2), la Coalition mondiale pour l’éducation, ILO, INEE, PRIA, SAMEO, SCI, UIS, UIL, UNESCO, CESAP, UNICEF, 3ie, etc.

Une enquête sur la réponse rapide de la société civile

Sur la question de la réponse au COVID-19, la CAMPE s’est engagée dans le processus en prenant plusieurs initiatives pour protéger les droits à l’éducation des plus marginalisés, notamment en renforçant ses relations avec ses membres, son organisation partenaire, l’association des enseignants, les groupes de réflexion et les médias. La coalition a informé les différentes parties prenantes sur les progrès et les défis en termes de protection des enfants et de continuité de l’éducation en situation d’urgence et de droit à l’éducation. Ce faisant, la CAMPE a élaboré/généré des éléments de preuve en réalisant une enquête sur la réponse rapide à laquelle 115 ONG et 11 associations d’enseignants ont participé. Elle a partagé les points saillants avec les parties prenantes et a facilité une plateforme de dialogue et de débat pour identifier les questions critiques et les implications politiques. Dans le cadre de l’initiative « Influencer les politiques », la CAMPE a soumis un mémorandum/une charte de revendications au ministre des Finances et a fait circuler un appel au Premier ministre du Bangladesh, tout en poursuivant son plaidoyer et son engagement auprès des chefs de file du gouvernement et des OSC.

L’enquête sur la réponse rapide montre qu’environ 2,8 millions d’apprenants bénéficient de différentes initiatives en matière d’éducation, y compris l’éducation non formelle, et que des interventions correctives des programmes d’éducation générale gérés par 115 ONG ont été affectées.[4] Selon les personnes interrogées dans le cadre de l’enquête, environ la moitié des apprenants ont été contactés par téléphone pour les aider à faire face aux angoisses et au stress.

Les défis prévus dans le cadre de la fermeture des écoles comprennent la gestion du stress et des aspects psychologiques, la continuité de l’apprentissage et les questions liées à la réouverture des écoles et au rattrapage dans les nouvelles conditions normales. Les pertes d’apprentissage sont énormes en raison de l’interruption de l’éducation par les fermetures d’écoles, ce qui affecte l’obtention des résultats d’apprentissage et d’évaluation au niveau de l’année scolaire et une inégalité dans l’apprentissage liée à la condition économique des familles et à la capacité des parents à s’occuper des enfants. La préparation à la réouverture des écoles consiste à suivre la ligne directrice commune préparée par l’UNESCO, l’UNICEF, la Banque mondiale et le PAM.

Un impact plus fort sur les personnes déjà les plus marginalisées

L’enquête de la CAMPE montre que les enfants les plus marginalisés sont confrontés à des difficultés liées à des angoisses ou au stress, à un accès insuffisant aux opportunités d’enseignement à distance, à un environnement d’apprentissage peu propice à la maison et au manque de soutien familial. De nombreux parents et tuteurs analphabètes ne sont pas conscients de l’importance de leur rôle pour faire face au stress et faciliter l’apprentissage à la maison. La sécurité alimentaire des familles et l’accès à une alimentation nutritive auront également une incidence sur la capacité d’apprentissage des enfants.

Les défis à relever pour la réouverture des écoles sont notamment l’augmentation de l’absentéisme, les problèmes d’assiduité scolaire et de rémunération, le coût de l’opportunité de l’éducation pouvant entraîner une augmentation des abandons scolaires, du travail des enfants, de la violence sexiste et des enfants non scolarisés. Il pourrait y avoir une augmentation des mariages et des grossesses précoces. Les enfants de différents groupes exclus, comme les minorités ethniques et linguistiques, les personnes handicapées et les personnes vivant dans des zones difficiles d’accès (par exemple, zones montagneuses, îles, zone marécageuse, lieu isolé), les bidonvilles et les périphéries urbaines sont confrontés à des défis spécifiques liés à chaque forme d’exclusion. La sécurité alimentaire et les problèmes liés à la nutrition sont communs à tous les types de marginalisation.

Les enseignants sont également confrontés à des défis comme l’achèvement des programmes/leçons à temps, au manque d’expertise dans l’utilisation des TIC et à la volonté ou la capacité d’enseigner en ligne, à l’évaluation et aux examens alternatifs, à la déconnexion avec les apprenants en raison de la distance sociale, au risque de perdre un emploi ou un salaire décent, en particulier dans les écoles privées non gouvernementales et à faible coût.

En outre, la participation et la formation des enseignants, la santé et la nutrition des enfants scolarisés, l’hygiène, la sécurité et les questions psychosociales, l’incertitude concernant l’éducation non formelle et l’augmentation du chômage des jeunes sont associées à la pandémie du COVID-19.

Un plan de relance de 2 à 3 ans

La CAMPE a recommandé l’élaboration d’un plan sur 2 ou 3 ans (2020-23) pour faire face à la perturbation du calendrier scolaire. Le plan devrait envisager un cheminement flexible pour traiter de la santé mentale des apprenants, pour finir le programme, en ajustant les examens et les vacances et en soutenant les apprenants.

Le plan devrait suivre les résultats de l’enquête, en recommandant des cours supplémentaires (en offrant des avantages aux enseignants) et en enlevant l’accent sur les examens et tests publics [tels que l’examen de fin d’études primaires (PECE) et l’examen équivalent du brevet (JSC)]. Ces examens peuvent être reportés ou organisés dans un format plus court couvrant moins de matières clés telles que le bengali et les mathématiques pour le PECE et les langues, les mathématiques et les sciences pour le JSC, ce qui permet de les terminer en peu de temps.

Malgré les nombreux défis liés au COVID-19, la crise a créé un espace de réflexion nouvelle pour le processus d’enseignement et le mode d’apprentissage à distance. L’enseignement à distance peut apporter un soutien condensé et de rattrapage aux étudiants et constitue également une opportunité de formation pour les enseignants. De nombreuses initiatives ont été prises par l’Accès à l’information (A2i) comme la télévision et les solutions basées sur Internet. L’enquête de réponse rapide a recommandé de poursuivre les cours complémentaires à la télévision, à la radio, sur Internet et sur téléphone portable, tout en développant les compétences des enseignants et l’infrastructure électronique institutionnelle.

Une partie du plan de relance devrait également envisager d’augmenter le montant des allocations, des repas scolaires et des cours extrascolaires pour les élèves à mesure que l’école rouvre. L’enquête a recommandé d’étendre les repas scolaires, les allocations aux étudiants, les suivis de santé et le mentorat des étudiants. Elle a mis l’accent sur la bonne mise en œuvre des mesures proposées dans le cadre du plan de relance de l’éducation et sur l’utilisation appropriée des fonds supplémentaires. Une mise en œuvre efficace nécessiterait une planification et une gestion décentralisées dans chaque Upazila (sous-district) impliquant l’administration locale et une collaboration étroite avec les ONG et les OSC.

L’étude a souligné l’urgence de repenser la « nouvelle situation normale » d’après-crise en termes d’atténuation, de reprise, d’accent mis sur la qualité et l’équité avec une meilleure utilisation et intégration des TIC, un meilleur soutien et de meilleures performances des enseignants ainsi qu’une réforme de l’évaluation des étudiants, un rattrapage non formel, impliquant les institutions de recherche et les ONG.

Des investissements adéquats dans l’éducation sont plus que jamais nécessaires

Enfin, les résultats de l’enquête montrent qu’il faut investir des ressources suffisantes pour que l’apprentissage en ligne et basé sur les TIC devienne une pratique courante dans les écoles. Pour ce faire, il faut une infrastructure TIC, une connectivité, un accès à large bande, des ressources matérielles comme des tablettes, un support technologique en ligne et une formation pour les enseignants. Les établissements d’enseignement devraient être des points d’accès Wi-Fi gratuits pour les étudiants et les enseignants. L’accès des plus marginalisés aux dispositifs de TIC est également essentiel.

Pour protéger les acquis de l’éducation et prévenir un revirement, le budget de l’éducation doit être porté à 15 % du budget total dans le cadre du budget national de relance, ce qui garantit une utilisation ciblée des ressources. L’étude a également souligné l’interconnexion des interventions en matière d’éducation avec d’autres facteurs socio-économiques et les liens avec les programmes de protection sociale. L’augmentation de l’enveloppe devrait servir à soutenir la santé psychologique, les repas scolaires, les TIC pour l’éducation et la formation pédagogique des enseignants. Au cours de la pandémie, le cyclone Amphan a touché le sud-ouest du Bangladesh, où la réparation et l’entretien des écoles ainsi que la reconstruction sont également un problème. Il faut tirer des leçons tirées du secteur agricole au Bangladesh et augmenter les allocations budgétaires pour l’action, la recherche dans le domaine de l’éducation et le suivi des OSC.

Le ministre des Finances a annoncé le budget national le 11 juin 2020, où 11,69% du budget national a été alloué à l’éducation. En outre, le PME a approuvé 15 millions de dollars pour « l’éducation en situation d’urgence ». Des aides supplémentaires, notamment des prêts et des subventions, sont envisagées par la Banque mondiale, la Banque asiatique de développement et les partenaires de développement dans des domaines spécifiques.

Il reste à voir si ces fonds seront suffisants pour répondre aux multiples problèmes. La CAMPE restera vigilante et continuera à surveiller et à plaider pour éviter de faire marche arrière dans le droit à l’éducation pour tous au Bangladesh.

K M Enamul Hoque, directeur adjoint de la CAMPE et coordinateur national, Éducation à voix haute, Plaidoyer pour la responsabilité sociale, Bangladesh

[1] Recensement annuel des écoles primaires 2018 ; BANBEIS, 2018

[2] Statistiques sur l’éducation au Bangladesh 2018, BENBIES, ministère de l’Éducation.

[3]Statistiques sur l’éducation au Bangladesh 2018 ; Répertoire des ONG ayant un programme d’éducation, CAMPE, 2016

[4] Enquête sur la réponse rapide et l’impact de COVID-19 sur l’éducation, CAMPE, 2020

Ce blog fait partie de notre série de blogs COVID-19 visant à mettre en évidence les problèmes affectant l’éducation, les apprenants et les militants de l’éducation dans le monde entier, y compris les populations déplacées, l’éducation inclusive et l’éducation des adultes. Nous mettons également en évidence des problèmes sous l’angle régional en Afrique, en Amérique latine et plusieurs blogs porteront sur la jeunesse. Restez à l’écoute de notre série de webinaires Covid-19 pour des discussions plus approfondies.



Laisser un commentaire